PEA ou Compte-titres : Pour qui, Pourquoi, Comment?

Tout le monde peut s'orienter, même modestement, vers les marchés boursiers. Attention alors à ouvrir le bon produit! Une erreur entre le PEA et le Compte-titres peut vous coûter cher.
Tout le monde peut s'orienter, même modestement, vers les marchés boursiers. Attention alors à ouvrir le bon produit! Une erreur entre le PEA et le Compte-titres peut vous coûter cher.

Les particuliers possédant un peu d'épargne et à la recherche d'un rendement plus attractif que le Livret A ou le fonds en euros des assurances-vie s'orientent vers le marché boursier. Arrive alors LE dilemme : faut-il ouvrir un PEA (plan épargne action) ou un Compte-titres? Ces deux placements permettent d’accéder aux marchés boursiers mais sont très différents l'un de l'autre. Des notions souvent mal maîtrisées par les souscripteurs ou les professionnels qui vendent le produit. L'impact au terme peut s'avérer très pénalisant pour l'épargnant s'il fait le mauvais choix au départ.

 

Rappel : actions, obligations et OPCVM

 

Avant d'étudier en détail les deux produits, revenons rapidement et de manière simplifiée sur les supports disponibles que nous allons retrouver dans les deux placements :

 

- L'action : On possède une part du capital d'une entreprise. On espère percevoir un revenu annuel appelé dividende que l'entreprise décide de verser ou non chaque année aux actionnaires. Il n'est donc pas certain. On peut également recevoir une plus-value. Les actions évoluent à la hausse ou à la baisse. Si j'achète une action 5 €, elle peut évoluer à la hausse comme à la baisse selon les marchés financiers. Si je revends mon action 1 mois après et qu'elle coûte 8 €, j'ai donc fait une plus-value de 3 €. A l'inverse si l'action tombe à 1 €, j'ai perdu 4 € si je la revends. On trouve des actions cotées sur le marché français (CAC 40 avec les actions des grosses entreprises françaises) mais aussi sur des marchés étrangers ainsi que des actions non cotées. 

L'action est donc un support risqué (on peut tout perdre) mais avec un gain potentiel élevé. On recherche une plus-value importante à la revente et on a la possibilité de percevoir un revenu appelé dividende.

 

- L'obligation : On prête à un Etat ou une société. L'exemple simplifié d'une obligation à taux fixe est le plus parlant. Je prête 100 € à un établissement pendant 5 ans. En contrepartie, il me verse 3% par an. Je vais donc recevoir 3 € la première année, 3€ la seconde ect.... et récupérer mes 100 € au bout de 5 ans. Le revenu (les 3 €) est nommé ici le coupon. Le placement est bien plus sécurisé que précédemment (sauf à ce que l'Etat fasse faillite, il va me rembourser) avec un rendement connu mais un gain peu élevé et défini à l'avance.

 

- Les OPCVM : C'est un panier dans lequel on trouve des actions ou des obligations. Ici un professionnel (le gérant) va utiliser notre argent pour investir dans des actions ou des obligations. Chaque OPCVM a une stratégie différente. Par exemple, je souhaite acheter des actions du CAC 40 mais je n'y connais rien. Je passe donc par un OPCVM spécialiste du CAC 40 qui va essayer de faire mieux que le CAC 40 en achetant et vendant les actions de ce marché au bon moment. Il va utiliser mon argent pour respecter cette stratégie; en plaçant 100 € dans l'OPCVM, c'est comme si je possédais un peu de chaque action achetée par le gérant. La valeur de l'OPCVM et donc de mon investissement peut évoluer à la hausse si le gérant fait les bons choix et à la baisse si il vend et achète au mauvais moment. Il existe des milliers d'OPCVM différents, tous avec une stratégie différente : achat d'action uniquement sur le marché américain, achat d'obligation à durée de 3 ans, mixe entre 80% d'obligations et 20% d'actions françaises..... Il va de soi qu'investir sur un OPCVM qui a des actions en portefeuille est risqué mais permet un gain potentiel élevé. A l'inverse, un gérant ne travaillant qu'avec des obligations permet un rendement modéré et connu mais sans risque. Ici je ne possède donc plus une action ou une obligation en directe, je suis propriétaire d'une partie de l'OPCVM qui évoluera à la hausse ou à la baisse selon la gestion du professionnel.

 

Compte-titres et PEA : un mode de fonctionnement similaire

 

L'idée des deux placements est la même. On ouvre le contrat qu'on alimente avec des liquidités. Une fois l'argent investi sur le compte-titres, vous allez acquérir des actions, obligations ou OPCVM afin de gagner les revenus (dividendes, coupons) et les plus-values lors de la vente. On subit généralement des frais de garde chaque année et une commission est retenue à chaque opération d'achat ou de vente. Le client accepte ici le risque lié aux deux produits : le capital peut être perdu mais en contrepartie un rendement important devient possible. Il va de soi que l'épargne de précaution et les fonds dont on peut avoir besoin demain n'ont pas à aller vers ces investissements.

 

Le Compte-titres : libre et flexible

 

Le Compte-titres est LE placement libre par excellence. Vous pouvez en ouvrir plusieurs, seul, en couple, en indivision pour un enfant mineur... Il n'existe pas de plafonds de versement, vous pouvez mettre 300 milliards dessus si ça vous chante. Sa force réside surtout dans le nombre incroyable de supports disponibles. Toutes les actions vous sont accessibles, qu'elles soient cotées en France ou dans d'autres pays. Idem pour les obligations ou les OPCVM. Vous trouverez tous les gestionnaires possibles et inimaginables. Des produits plus complexes non abordés ici (trackers, warrants) sont aussi éligibles. Le produit permet réellement d'acquérir n'importe quelle valeur boursière sur son portefeuille. La liberté vaut aussi à la sortie. Chaque dividende ou coupon perçu est immédiatement disponible et liquide. De même, dès la vente de votre support sur le marché boursier, vous récupérez la somme qui peut être réemployée sur le compte-titre ou utilisée sur votre compte courant. 

Enfin, l'aspect successoral est intéressant puisque lors du décès, ce contrat est un des seuls produits à pouvoir perdurer pour vos héritiers. La clôture n'est pas obligatoire et vos héritiers récupèrent les compte-titres avec les supports investis qu'ils gèrent en indivision ou en démembrement.

 

Le PEA - un seul avantage : la fiscalité!

 

Tous les avantages vus précédemment disparaissent avec le PEA. Un seul contrat autorisé par personne, un plafond de versement à 150 000 €, impossible d'ouvrir un contrat commun. Les supports disponibles dans le PEA sont eux aussi très limités : on trouve uniquement des actions et des OPCVM, tous français ou de la zone européenne. Impossible ici d'acheter l'action Mac Donald cotée sur le marché américain! Les sommes présentes sur un PEA (suite à un dividende reçu ou à la vente d'une action ou d'un OPCVM) ne sont pas disponibles. Le fait de retirer des liquidités au lieu de les réinvestir entraîne le plus souvent la clôture du produit. Lors de la transmission en cas de décès, les supports pourront être transférés vers les héritiers mais le PEA sera clôturé. 

Si les défauts du PEA sont nombreux vis-à-vis du Compte-titres, il se rattrape très largement à un niveau : la fiscalité! Les deux placements vont subir les prélèvements sociaux de 15.5% sur toute plus-value et tout revenu. Reste l'impôt sur le revenu à payer avec LE gros avantage du PEA : exonération d'impôt sur le revenu des dividendes et des plus-values si le contrat est conservé au moins 5 ans!

 

Exemple :

J'ai investi 5 000 € et grâce à de bon choix de supports, le contrat a doublé en cinq ans et est passé à 8 000 €. Dans les deux cas, je vais payer les prélèvements sociaux de 3 000 * 15.5% = 465 €.

- Si j'ai un Compte-titres, je vais aussi payer l'impôt sur le revenu. 3 000 € s'ajoutent à ma déclaration fiscale et je subis la tranche d'impôt (minimum 14% si vous payez de l'impôt, maximum 45%) : 3 000 * 14% = 420 €.

- Si j'ai un PEA, je ne paie pas d'impôt sur le revenu!

 

Dans la réalité, les plus-values du compte-titres bénéficient d'un abattement selon la durée de détention, les dividendes d'un abattement de 40% avant impôt et les coupons d'aucun abattement. Le solde passera de toute manière à l'impôt sur le revenu et viendra peser très lourdement sur le gain.

 

Le PEA subit une fiscalité totalement à part. C'est la date de sortie des liquidités qui détermine le taux d'imposition (ce qui explique que les sommes ne soient pas liquides) :

- Sortie avant 5 ans : impôt sur le revenu de 22.5% ou 19%.

- Sortie après 5 ans : 0 % d'impôt mais clôture du plan!

- Sortie après 8 ans : 0 % d'impôt et possibilité de faire un rachat partiel pour laisser le plan ouvert. Il sera impossible de verser après le premier rachat.

 

Notez bien ici que l'avantage du PEA est énorme. Nous sommes sur deux placements risqués où l'investisseur cherche à avoir un rendement important. Ne pas subir d'impôt sur un produit avec un gain potentiel important est une formidable opportunité. Il faut absolument conserver le PEA 5 ans sous peine de subir une fiscalité inutile. 

 

Bilan : j'ouvre un PEA ou un Compte-titres?

 

Pour la première ouverture et la découverte de la bourse, le PEA est à privilégier systématiquement. D'une part vous prenez date sur le produit et même si l'investissement est faible au départ, rien ne vous empêchera d'alimenter à moyen terme. L'objectif est bien entendu d'aller au bout des cinq années pour l'avantage fiscal incontournable. Le délai n'est pas gênant et vous obligera au contraire à travailler sur une échéance long-terme qui est judicieuse sur des placements en bourse. Les restrictions ne sont pas pénalisantes: 150 000 € de versements sur un placement risqué est une marge énorme; l'ouverture d'un contrat suffit et il est loin d'être idiot de se lancer uniquement sur le marché français ou européen pour commencer à boursicoter. Autant investir sur des entreprises que l'on connait au départ. Bien entendu les sommes ne sont plus disponibles mais la possibilité de perdre lorsqu'on s'engage en bourse doit être connue et dès lors, tout contribuable qui place sur le PEA accepte de ne plus revoir les fonds.

Il serait très dommage d'avoir 20 000 € de plus-value dans cinq ans en investissant sur le marché français via un compte-titres alors que vous auriez pu faire la même chose sur le PEA. Avec le PEA vous récupérez vos 20 000 €, avec le Compte-titres vous en donnez 2 500 à 8 000 € aux impôts en amont...

 

En revanche pour des particuliers avisés, suivant la bourse régulièrement et voulant l'accès à des supports un peu plus complexes, le compte-titres peut être conseillé. L'impôt sera inévitable; il est recommandé de s'assurer que l'ouverture de ce placement a bien lieu parce qu'une des restrictions du PEA ne convient pas à l'investisseur. 

 

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      Auteur de l'article Thibault DIRINGER

              Conseil auprès de Cabinets en Gestion Patrimoine Indépendants

             Formateur en Banque et Assurance - Master Gestion de patrimoine 
 


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